samedi 10 mars 2018

Livre : "L'Art de perdre" - Alice Zeniter



Yema, la mère, p. 503 : « Je ne vais pas rentrer chez moi et aller dormir à l’hôtel ». Une réplique toute simple, qui résume en quelques mots la détresse de celles et ceux qu’on a nommé les « harkis ». En Algérie, pendant la guerre d’indépendance, ils ont fait le « mauvais choix ». Parfois sans en être réellement conscients, ils ont été rangés dans la case « colonisateur ». Ils ont payé le prix fort, la mort souvent, car pendant une guerre d’indépendance, il n’y a pas la place pour l’incertitude. Celles et ceux qui ne sont pas morts sont partis en France, pour la grande majorité d’entre eux. Sont partis ? Ont fui ?

C’est cette histoire que nous conte Alice Zeniter, sur trois générations. Une famille originaire des montagnes kabyle se retrouve dans un camp de réfugiés à Rivesaltes, puis dans les forêts du midi, et ensuite dans les HLM de Flers, dans l’Orne, en Normandie... C’est l’itinéraire d’Ali et Yéma, les parents. Hamid, le fils aîné, construira sa vie avec Clarisse, puis Naïma, une de leur fille, essayera d’en savoir plus sur ce pays dont elle est originaire, mais qu’elle ne connaît pas du tout : l’Algérie.

C’est l’histoire du déracinement, du racisme, des regrets, de l’opportunisme de certains, de la perte d’une maison, d’une terre, de la mémoire des familles, de celle des peuples, de l’indépendance d’un pays, de la décolonisation pour un autre.

Un roman riche, foisonnant. Á la rentrée littéraire de septembre (paraît que c’est comme ça qu’on dit), deux livres ont fait la une sur la guerre d’Algérie : celui de Brigitte Giraud, « Un loup pour l’homme » (lien), et celui-ci. Sous la plume de Brigitte Giraud, c’est la dureté, l’absurdité de la guerre qui étaient décrites. « L’Art de perdre » traite cette guerre d’indépendance, et ses conséquences, sous un angle méconnu, peu traité, celui des harkis. Les perdants. En tout cas, ceux que la France a délaissés magnifiquement, sans rien faire pour enrayer leur chute.

L’absurdité, la cruauté de la guerre. Et aussi, sous la plume d’Alice Zeniter, l’absurdité d’avoir à choisir un camp. Perdants, gagnants... 

Et si, encore et toujours, au bout du fusil, il n’y avait que des perdants ?

PS : bon choix des lycéens, comme souvent.




  

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