vendredi 2 décembre 2016

Film : "Frantz" - François Ozon



            La bande-annonce de ce film ne nous avait pas attirés. Á cause du noir et blanc ? Parce que nous n’avions pas envie de voir un film qui semble plutôt triste ? Allez savoir.
            Quelle erreur ! Ce film est magnifique. C’est une belle idée de s’intéresser à la guerre de 14 / 18 du côté allemand (les dialogues sont en  langue allemande). Frantz est mort dans les tranchées. Il allait se marier. Sa fiancée (Anna) vit avec les parents de Frantz. La famille est meurtrie, le père haineux contre les Français, la mère et la fiancée vivent avec leur immense tristesse. Nous sommes en 1919. L’Allemagne digère sa défaite comme elle peut.
             Dans la petite ville débarque un jour un jeune français, ancien soldat. Il a connu Frantz. La suite se déroulera tout en finesse, avec plusieurs rebondissements, que le spectateur pressent plus ou moins. Par contre, François Ozon ne cède jamais à la facilité. Les évènements s’enchaînent. Mais ce sont rarement ceux que l’on attend.
             Le film est en noir et blanc, comme je l’ai dit. Avec une image magnifique. Et quelques apparitions en couleur, qui semblent nous indiquer que, même en temps de guerre, ou juste après, le bonheur peut pointer son nez. Les deux acteurs, Pierre Niney et Paula Berr, sont époustouflants de beauté, et de justesse dans leur jeu.
             François Ozon sait aussi nous montrer, en finesse, les travers de la guerre, du patriotisme exacerbé qu’elle induit. Il est vrai que, dans cette petite ville d’Allemagne, beaucoup de fils sont morts au front. Tout comme en France…
             Ce film ose parler de pacifisme. Les deux jeunes l’étaient. L’un des deux est mort dans les tranchées. Des milliers de jeunes allemands, français, ou de toute autre nationalité, ont subi la même horreur. Merci pour ce rappel salutaire en ces temps où, de partout dans le monde, les gouvernants pensent que les armes, les guerres, règlent les problèmes. Définitivement, bien entendu. On a vu où ça a mené après la première guerre mondiale… 
            Je ne peux m’empêcher de terminer en évoquant une séquence très intense du film. Anna, la fiancée de Frantz, se trouve dans un bistro à Paris. Une « Marseillaise » est entonnée par les jeunes hommes du café. Le spectateur frémit. C’est intense. Il a presque peur, les tripes nouées.
              « Qu’un sang impur
              Abreuve nos sillons »
              Garde à vous.
              Rompez.



 



Avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gauber, etc.



Le petit plus culturel : ce film de François Ozon est inspiré d’une pièce pacifiste de Maurice Rostand (« L’Homme que j’ai tué », 1925), et d’un film de Ernst Lubitsch (également inspiré de cette pièce) : Broken Lullaby, 1932.

 


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