mercredi 27 janvier 2016

Théâtre : "Ça ira (1) Fin de Louis" – Joël Pommerat



            Écrire sur le théâtre de Joël Pommerat, c’est déjà difficile… Mais en plus, écrire sur une pièce qui nous conte (à sa façon, bien sûr) la révolution française, c’est encore plus difficile.
            Comme toujours, Joël Pommerat n’hésite pas. La salle des États généraux, c’est la salle de spectacle. La salle de l’Assemblée nationale, pareil. Le spectateur s’y trouve en plein milieu. Il n’ira pas jusqu’à invectiver, faire le coup de poing quand c’est nécessaire. Les acteurs s’en chargent.
            Quel tourbillon, qui dure 4 h 30 (c’est un exploit, dans les sièges du TNP…), et pour un peu, le spectateur serait prêt à continuer ! Parce que, en plus, ce n’est pas fini. Le metteur en scène nous laisse au milieu du gué, au moment où le roi revient à Paris. C’est l’émeute dans les quartiers. Louis, et surtout sa femme, commencent à envisager un départ.
            Joël Pommerat nous a concocté un roi benêt à souhait, affublé d’une sacrée godiche. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la vie dans l’assemblée de quartier du XVIIIème arrondissement de Paris. C’est la vie des délégués aux États généraux, avec ses trois ordres. Puis la vie de l’Assemblée nationale.
            Les harangues endiablées des uns et des autres sont à chaque fois des moments d’anthologie. Nous sommes invités à méditer sur la violence, le terrorisme, les impôts, les politiciens. Quelle actualité !
            L’État d’urgence décrété par Hollande et Vals, l’état de guerre décrété par les mêmes mériteraient de tels débats. Mais je rêve. Cela impliquerait que la démocratie redescende dans la rue, dans les quartiers. Que des vrais débats existent à l’assemblée nationale actuelle. Impossible. Le bon peuple ne va quand même pas se mettre à débattre des décisions de notre président… Les débats, c’est sur BFM-télé, et pas ailleurs. Jusqu’à quand ?
            Merci à Joël Pommerat de nous rappeler que notre République est née dans la douleur, dans les cris, les oppositions, les rejets, les combats. La République, la liberté, l’égalité, la fraternité ne sont jamais un long fleuve tranquille.
            C’est aussi cela que ce spectacle nous rappelle. Une révolution, ça secoue, et pas uniquement le Roi. Dans cette période où les secousses sont de plus en plus importantes, rappelons-nous que rien n’est jamais définitif.
            Ni les Rois, ni les Présidents.
Ni la démocratie.





Spectacle vu au TNP, avec :

Saadia Bentaïeb
Agnès Berthon
Yannick Choirat
Éric Feldman
Philippe Frécon
Yvain Juillard
Anthony Moreau
Ruth Olaizola
Gérard Potier
Anne Rotger
David Sighicelli
Maxime Tshibangu
Simon Verjans
Bogdan Zamfir



 

Scénographie et lumière Éric Soyer
Costumes Isabelle Deffin
Son François Leymarie et Grégoire Leymarie
Construction des décors Thomas Ramon – Artom
Direction technique Emmanuel Abate
Dramaturgie Marion Boudier
Collaboration artistique Marie Piemontese et Philippe Carbonneaux
Assistante à la mise en scène Lucia Trotta
Conseiller historique Guillaume Mazeau
Assistants documentation et dramaturgie Guillaume Lambert et Marie Maucorps
Production Compagnie Louis Brouillard





lignesenstock a déjà vu deux autres spectacles de Joël Pommerat :




             




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