lundi 6 janvier 2014

Livre : "La mystique de la croissance" - Dominique Méda

Croissance, décroissance, un  débat, une réflexion qui me sont chers. J’avais déjà lu plusieurs articles de Dominique Méda, sociologue, en particulier dans des publications d’Utopia. Ses écrits portaient en général sur la valeur travail, une autre mystique qu’elle s’appliquait à démonter de manière efficace. Concernant la croissance, et « comment s’en libérer » (sous-titre de l’ouvrage), j’avoue humblement avoir beaucoup pataugé. En gros, il s’agit, pour un certain nombre de chercheurs, d’experts, de remplacer les indicateurs économiques actuels (principalement le PIB) par d’autres indices qui permettraient de mieux prendre en compte la vraie vie des gens (indices de bonheur, de bien vivre, etc.). C’est sans doute intéressant, mais que c’est complexe ! Dominique Méda ne sait pas rendre cela réellement accessible. Je lis régulièrement dans la revue « Silence ! » des propos plus clairs et plus convaincants sur la nécessité de combattre la notion de croissance infinie.
De plus, il me semble qu’il y a quelque chose de gênant dans le fait de chercher à combattre nos adversaires (les capitalistes, version libérale moderne) en utilisant les mêmes armes qu’eux. Est-il possible d’imaginer une vie sans indice, sans indicateur de bonheur, sans une quantité de chiffres, de nombres, qui réduisent la vie des individus à une somme de graphiques incompréhensibles ? Je milite pour un Parti pour une Vie sans Indices de Bonheur ou de Malheur (PVIBM).
Autre problème à mon sens : la démocratie. La complexité avec laquelle est abordée cette « Mystique de la croissance » ne sert en rien la démocratie, puisque seuls les initiés peuvent participer à ce type de débat. Il faut en effet se torturer les méninges pour bien comprendre, et accepter une règle du jeu pas réellement démocratique : de nouveaux indicateurs (de bonheur ? de non malheur ?) permettront de combattre la notion de croissance illimitée que nos gouvernants nous imposent à longueur de discours. Si on s’en tient à ce seul débat d’experts, la décroissance continuera à passer pour un concept obscur, qui fait peur, et qui semble ne pas avoir de prise sur la réalité.
          Or, nous sommes déjà dans une société où la croissance marque inéluctablement le pas. Ça va continuer dans nos sociétés occidentales. Car même dans les sociétés en développement (Chine, Inde, Brésil, etc.), elle marque le pas. Ce n’est plus la peine de parler de décroissance. La croissance, c’est fini, et il faut passer à autre chose. La seule décroissance à obtenir, c’est celle du niveau de vie des classes supérieures. La redistribution doit accompagner l’arrêt de la croissance. La planète nous montre ses limites chaque jour un peu plus. La vraie course, ce n’est pas dans les chiffres ou les nombres qu’elle se trouve. C’est contre le temps. Arrêter la croissance avant qu’il ne soit trop tard.
Il faut donc répéter que l’on n’a pas le choix, que la consommation infinie est en train de s’arrêter, et que ça peut être un vrai bonheur de le constater. La prise de conscience est en train de se faire. Lentement sans doute. Trop lentement peut-être.
Pour que tout le monde puisse vraiment s’emparer de ce débat sur la croissance, il faut des bouquins. Certes. Celui-ci en est un, parmi d’autres. Mais surtout, il faut passer à l’invention. L’invention de l’après croissance, qui est déjà en marche.
Sans tambours ni trompettes, sans courbes ni chiffrages inutiles, il est temps de construire le monde de l’après croissance.



Magasin Bloomingdale's, un des nombreux temples de la consommation à New York - octobre 2013



Hôtel Negresco - Nice - septembre 2010 - Je me goberge, tu..., ILS SE GOBERGENT !....










Aucun commentaire:

Publier un commentaire